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  • Photo du rédacteurCamille Jourdain

Mieux se comprendre pour comprendre l'autre

Dernière mise à jour : 7 mai 2023


Améliorer son rapport à l’autre passe par la compréhension de soi. Cet article parlera de ça. De la conscience, de l’inconscience, de nos mémoires, de nos potentiels en abordant le sujet de l’identification et de la déconstruction. L’objectif c’est d’ouvrir notre regard à une vision plus large sur ce que nous sommes et comment nous fonctionnons.


A quel point connaissons-nous notre corps ? A quel point reconnaissons-nous notre potentiel ? A quel point connaissons-nous notre bagage ?


Connaître c’est à la fois expérimenter et prendre conscience. Prendre conscience c’est regarder, observer, poser une attention et une réflexion. Expérimenter c’est sentir, à travers son corps, c’est quelque chose de plus charnel. Ce qui m’intéresse et constitue une part importante de mon travail, c’est cette alliance entre expérimenter et conscientiser, comprendre, connaître dans un sens expérimental et conscient. Évoluer en conscience se fait pour moi de manière psychique autant que corporelle, l’un et l’autre fonctionnent dans un même mouvement.



Évolution de notre conscience


Pensez-vous qu’il existe un passage de l’âge enfant à l’âge adulte ? Et si oui, qu’est ce qui le caractériserait ? Quels critères distingueraient l’enfant de l’adulte ?


L’enfant nait avec un bagage génétique, épigénétique, énergétique, avec des prédispositions donc spécifiques pour appréhender son monde environnant, dont la configuration va également influencer son développement. Lorsqu’il naît, l’enfant n’a pas la conscience d’être un individu à part entière. Il est le prolongement de sa mère. C'est-à-dire qu’en sa conscience, il n’y a pas de distinction entre soi et les autres. Ils ne forment qu’un seul corps.

Autour de 9 mois, il commence à développer une conscience de soi, en tant qu’individu séparé. D’après la psychologie, la conscience du fait d’être séparé génère beaucoup d’angoisse et d’anxiété, se développe un sentiment d’insécurité. Vers 15 mois le bébé se reconnaît dans un miroir. Sa conscience de lui-même va évoluer au gré de ses expériences. Il va affirmer de plus en plus aisément ses aspirations, ses goûts, ses états et ses choix. En parallèle qu’il développe cette conscience plus profonde de soi, il développe une conscience de l’autre plus importante. Il commence à cerner et à qualifier les personnalités qu’il croise, dans leurs différences et similitudes.


Sa conscience de son monde intérieur et extérieur continue d’évoluer et il va commencer à réaliser que les autres portent également un regard sur lui. D’abord il est observateur du monde en étant sujet, en vivant l’expérience de son monde, puis il devient observateur de la conscience des autres sur lui-même. Ce moment où il développe sa conscience du regard des autres est très important dans sa construction et dans son conditionnement. Le conditionnement existe dès l’origine de la construction du bébé, du fait de son héritage et de son apprentissage des règles et modèles à suivre. Mais là, c’est un conditionnement qu’il va en sus mettre en place de manière interne. C'est-à-dire que du moment où il va réaliser que les autres peuvent le juger et potentiellement le rejeter - parce que cela fait partie de son expérience - il va se construire un juge intérieur pour se mettre en conformité avec certaines attentes, qui sont des projections qu’il se fait du monde avec sa conscience enfantine du soi et des autres.


Sa conscience continue d’évoluer. Vers l’adolescence, il commence à développer ce que j’appelle la conscience de la conscience. C'est-à-dire qu’il est en mesure de poser un regard sur sa propre pensée. Il est en mesure de prendre de la hauteur sur une situation, de quitter la posture du sujet (celui qui ressent, qui vit l’instant) pour en devenir un observateur plus investi et actif, ce qui lui ouvre les portes de l’introspection et de la remise en question. Il peut observer ses émotions, ses pensées, ses réactions, et ce qu’il peut faire pour lui, il peut le faire également pour autrui. On reproche souvent aux adolescents, cette recherche d’indépendance de la pensée, qui se manifeste par cette nécessité à se distinguer, mais aussi déséquilibrée peut-elle sembler parfois - car c’est un apprentissage - elle est le résultat de cet exercice de développement d’un nouveau stade de conscience. C’est cette même conscience qui va lui permettre d’apprendre à faire preuve de plus de discernement et d’exprimer un point de vue personnel, plus indépendant. Il exerce littéralement son esprit critique. Cette capacité, qui ouvre les portes de l’introspection, c’est également celle qui va permettre la déconstruction. C’est elle qui permet de percevoir les ficelles de l’inconscience, lesquelles sont invisibles au sujet de l’expérience lorsqu’il est soumis à l’influence de ses émotions, de ses habitudes, du flot de ses pensées, de ses actions. C’est elle qui permet de se mettre en retrait, pour se comprendre et pour comprendre le monde.


L’adulte que nous devenons est un mélange de toutes ces constructions, depuis son bagage prénatal à ses différentes expériences de vie, comprenant l’évolution de ces différentes strates de conscience que s'entremêlent. Cela peut générer énormément de confusion et même d’ambiguïté en soi. Parce que ce que nous avons construit depuis notre naissance, n’est plus toujours en adéquation avec nos réalisations postérieures. Nous évoluons. La difficulté que nous avons, c’est que nous n’avons pas forcément conscience de nos bagages et des ficelles que nous avons intégrées qui nous influencent par la force des choses, puisque nous nous sommes construits avec. Or, elles ne correspondent plus toujours à nos aspirations et à nos choix d’évolution.



Introspection & équilibre - interconnexion


J’ouvre une large parenthèse sur l’équilibre et la méditation, parce que l’introspection, c’est une forme de méditation qui va nous permettre de faire le point sur nos bagages, sur notre évolution et sur nos aspirations.


La vie est un mouvement. On alterne des moments d’introspection, des moments d’actions, des moments de repos, on traverse différents états. L’équilibre se trouve dans ce mouvement de la vie qui fait des allers-retours entre ces différentes phases et le respect de chacun de ces états. On ne va pas constamment être dans l’introspection, comme on ne va pas tout le temps être dans l’action ou l’inaction.


L’équilibre c’est comme le souffle. C’est un aller et un retour, des autres à soi et de soi aux autres, avec des phases d’intégrations et de repos (qui correspondent aux suspensions respiratoires). Pour assimiler et transformer ce que l’on ingère, puis se décharger et faire peau neuve pour pouvoir recevoir et agir de nouveau, il est nécessaire de s’accorder des temps de pause.


La méditation dans son sens premier, c’est une contemplation. Ce n’est pas simplement faire le vide ou se détendre. C’est un exercice de conscience, où l’on devient pleinement conscient de l’instant présent, de son corps, de sa pensée (...), de ce que l’on choisit d’investir en conscience. En Asie, on médite sur des mandalas, sur des divinités ou des mantras. En Occident, aujourd’hui, on se concentre sur nos sensations corporelles, sur la détente ou la pensée positive. On peut méditer sur des concepts abstraits et en faire l’expérience sensoriellement à un niveau subtil. Donc on explore un autre état de notre conscience, qui n’est pas celui dans lequel nous sommes lorsque nous sommes en action ou dans nos projections mentales. Peu importe la pose que l’on adopte et le lieu dans lequel on se prête à cet exercice, notre activité corporelle est au minimum pour nous mettre en disponibilité. C’est quand on se met dans cette posture de disponibilité d’esprit et de corps, qu’on se trouve en capacité d’y voir plus clair, d’intégrer son expérience préalable avec plus de profondeur, mais également de recevoir. Car il ne faut pas croire qu’en méditation il ne se passe rien. On est plus conscient de l’instant, on est en présence, mais aussi et surtout disponible à recevoir ce qui s’impose à soi. Parfois, ce qui s’impose à soi c’est la détente, c’est le relâchement. On travaille beaucoup, on vit beaucoup de stress et de tensions au quotidien, le monde occidental est très actif, donc nous avons besoin de ces moments de repos pour digérer et intégrer ces temps d’activité. Parfois c’est une idée essentielle pour avancer qui s’impose à soi, une fulgurance. Parfois c’est une émotion, une conscientisation, un souvenir, voire des expériences sensorielles ou encore spirituelles…


J’en reviens au souffle, parce que c’est à la fois plein de sens au niveau corporel mais aussi, c’est une belle métaphore.


Lorsque j’inspire, je reçois. C’est mon souffle vital. Je reçois à la fois ce que l’on me donne, puisque cela vient de l’extérieur, mais aussi ce que je m’accorde. Je reçois ce qui est disponible et m’est offert, mais aussi ce que je m’autorise à prendre.

Lorsque j’expire, à la fois je me décharge, je me déleste, et en même temps, je donne, je renvoie au monde. C'est une transmission dont je suis l'émetteur. Une fois que mon don est réalisé, d’une certaine manière, ce que je transmets n’est plus sous ma responsabilité.

Dans la réception comme dans la transmission, nous sommes à la fois actifs et passifs. Dans les deux exemples, dans les deux mouvements, il y a le lien, l’interconnexion. Nous sommes interdépendants les uns des autres. C’est fondamental de le rappeler parce que l’équilibre tient dans ce lien entre soi et le monde extérieur.

Nous participons à ce mouvement entre soi et les autres, l’intériorité et l’extériorité, à la fois séparés et reliés. C’est dans cette interdépendance que fonctionne tout le processus de la vie. Et de la qualité de mes inspirations, va dépendre la qualité de mes expirations et vice-versa.


Alors, je n’ai pas le pouvoir, ni la responsabilité, d’agir sur ce qui ne m’appartient pas - donc sur ce que l’on me donne, ce qui est à ma disposition - ni sur ce que le monde extérieur, les autres, font de ce que je renvoie. Par contre j’ai un pouvoir sur ce que je m’accorde, sur ce que je fais de ce que je m’accorde, comment je le transforme, et sur ce que je renvoie au monde. Et c’est là-dessus que je vais me concentrer, sur ce qui est en mon pouvoir. C'est-à-dire que nous pouvons prendre la responsabilité de ce que nous pouvons transformer. En réalisant notamment que lorsqu’on s’accorde le meilleur, on est en mesure de transmettre le meilleur. Ensuite c’est une synergie qui se créait entre soi et les autres. Ça commence en soi. On dit bien de quelqu’un d’inspiré qu’il est inspirant.


Prendre soin de s’accorder le meilleur, autant au niveau du corps que de l’esprit, c’est être inspiré. Et lorsqu’on est inspiré, lorsqu’on aime ce que l’on reçoit et lorsqu’on aime ce que l’on fait, on ne compte pas ce que l’on donne et ce que l’on transmet. L’échange est naturel. L’abondance démarre là, en reconnaissant le lien entre soi et les autres. Nous pouvons être dans la gratitude de ce qu’offre le monde extérieur parce que sans lui nous n’existons pas.


Nous accordons-nous le meilleur ? Il est intéressant parfois de regarder combien l’on soigne notre inspiration et notre expiration, ce que nous prenons et ce que nous transmettons. Et prenons-nous le temps d’intégrer ce que nous recevons ? Si je suis toujours dans l’action, je vais simplement reproduire ce qui existe déjà. Lorsque j’intègre, je peux prendre le temps de me nourrir véritablement de ce que j’absorbe et même le transformer, y mettre mon essence et mon expérience personnelle, pour transmettre en retour quelque chose de nouveau, de plus abouti que si je l'avais simplement restitué tel quel.

Enfin, prenons nous également ce temps de repos, qui nous est nécessaire pour être de nouveau disponible et qui nous permet de savourer le fruit de nos efforts et d’observer en conscience cette synergie qui réside dans ces liens qui nous unissent à la vie ?


De la qualité de notre introspection, de notre compréhension de soi-même, dépend la qualité de notre rapport à l’autre. Ce que nous sommes en mesure d’offrir de meilleur aux autres dépend de ce que nous sommes en mesure de nous offrir de meilleur. Agir sur soi c’est agir pour le collectif et c’est en retour se donner la possibilité de recevoir mieux. Il est important de cesser de culpabiliser de vouloir se passer en priorité, tout en comprenant qu’on ne se passe pas en priorité pour entretenir un ascendant sur les autres. On le fait dans le but d’être bien en soi-même pour être bien dans le monde. Si le monde se sent bien autant que je me sens bien, la synergie est positive.


L’équilibre tient donc autant dans le soin que l’on accorde à son inspiration et à son expiration, qu'en ces moments d’intégration qui nous permettent d’être créateur et ces moments de pauses qui nous permettent d’apprécier le lien et d'être de nouveau disponibles à recevoir, à intégrer, à transformer et à transmettre. Cet aller-retour entre soi et les autres. La qualité de notre équilibre tient en : s’aimer soi-même et aimer les autres. C’est toute la base de la communication.


« L’équilibre c’est comme le souffle. C'est un aller et un retour, des autres à soi et de soi aux autres, avec des phases d’intégrations et de repos. »


De l’authenticité à la conformité

Sur nos constructions et conditionnements


Je reviens à l’enfant qui prend conscience du jugement des autres et qui commence à créer son propre juge intérieur. L’enfant commence à se conditionner pour répondre à des exigences qui ne sont pas les siennes. Ce que cherche l’enfant à partir du moment où il réalise qu’il est séparé, qu’il est un individu à part entière, c’est à se faire une place dans le groupe. C’est un instinct de survie. Au-delà de sa nécessité d’obtenir une réponse à ses besoins primaires vitaux, ce que l’enfant va rechercher, c’est l’amour et la reconnaissance de ses proches. C’est son droit d’exister à travers l’autre, dont il est dépendant. Au fur et à mesure de son apprentissage, il va mettre naturellement en place des mécanismes et parfois des défenses, dans le but de se faire une place. En sus de ce qui lui est demandé dans le cadre de son environnement, il va être acteur de ce processus de conditionnement et commencer à agir en partie conformément à ce qu’il pense qu’on attend de lui.

Lorsqu’il créait son juge intérieur, il le fait en fonction de son niveau de conscience, avec son regard d’enfant. Cet enfant dont la conscience égotique « moi-je » est très prononcée dans les premières années de sa vie, susceptible d’interpréter les choses de façon personnelle, même lorsqu’elles ne le sont pas. Par exemple, lors de la naissance d’un deuxième enfant, il est fréquent que l’ainé de la fratrie se sente rejeté par ses parents alors qu’il ne l’est pas. Pourtant cela va le marquer et se cristalliser dans ses mémoires. Il va grandir et se construire avec la mémoire inconsciente de ce rejet, qui ne sera pas sans incidence dans son rapport à l'autre et à lui-même. L'enfant va donc se construire en se conditionnant conformément à sa carte subjective, relative à son niveau de conscience, en interprétant les réactions et exigences des autres selon ses filtres, guidé par la peur inconsciente d’être rejeté, de ne pas être aimé ou reconnu.

La construction du faux self commence là. Elle n’est pas consciente, elle est invisible. C’est toute la problématique. On ne se rend pas compte que l’on s’est éloigné peu à peu de notre authenticité. L’enfant - ce qui le distingue de l’adulte - avant un certain âge est sans filtre, il est authentique. Il est spontané. Il dit les choses comme il les pense et ressent assez facilement en règle générale. Cette spontanéité, nous la retenons lorsque nous nous conformons. Nous vivons dans un monde particulièrement conditionné. Nos relations sont conditionnées et notre amour est conditionné. Bien sûr, nous pouvons considérer que le conditionnement est une forme d’adaptation. La nature elle-même nous oblige à nous conditionner. La problématique intervient lorsque ce conditionnement devient asservissant, qu’il n’entre pas en adéquation avec nos aspirations. Ce qui est souvent le cas lorsqu’il est bâti, dès l’enfance, à partir de valeurs qui ne nous appartiennent pas, et alors que nous évoluons avec le temps. Or, nous ne lâchons pas toujours nos constructions passées. Souvent, nous ne les percevons même pas. Et dès lors, la base est à revoir pour être en accord avec soi-même. Quelles sont nos aspirations ? Quelles sont nos fondations ?


L’authenticité s’exprime également dans cet émerveillement, cette curiosité naturelle à apprendre. Il y a un instinct de croissance chez l’enfant. Et dans son instinct d’apprentissage de la vie, il n’y a pas de discipline stricte, pas de frontières, il est créatif. Il prend ce qui vient et ce qui l’attire et le transforme à sa façon, il associe les éléments. Il apprend à travers l’interaction sociale, le jeu, le rêve, l’exploration de ses sens…etc. Il se dirige naturellement vers ce qui favorise la croissance de son esprit, de sa conscience et qui lui parle personnellement. Plus il se conditionne pour rentrer dans une conformité, plus il restreint le champ de son apprentissage et s’éloigne de sa curiosité naturelle, de son plaisir de découvrir de manière ouverte et spontanée.

L’adulte croit qu’il sait. Il a une expérience plus importante de la vie, il a tiré des leçons et souvent des conclusions de ces expériences, et partant de là, il croit la réalité conforme à sa vision. Dans la mesure où il pense savoir ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, il pose des jugements d’ordre moral. Il oublie que son expérience ne représente qu’une faible partie de la réalité, que sa vision est partielle, subjective et relative. Faisant cela, il se coupe de l’étendue de son potentiel d’évolution. Quand l’adulte oublie qu’il ne sait pas, ou ne reconnaît pas que son savoir est parcellaire, il tombe dans une forme d'auto-contrôle, qu’il reproduira avec son entourage.


La peur de la séparation


À l’origine de ces masques inconscients, de ces attitudes et habitudes que nous avons prises, il y a la reproduction des modèles et schémas familiaux, culturels, mémoriels, mais il y a aussi et surtout la peur. C’est même de là que viennent ces reproductions. La peur est originelle. La peur de ne pas faire assez bien, de ne pas être accepté tel que l’on est, la peur d’être rejeté... Finalement, tout vient de la peur d’être séparé. Et elle nous accompagne toute au long de notre vie. La peur d’être séparé de l’autre ou d’être séparé du monde auquel on s’identifie et on s’attache, qu’il soit matériel ou immatériel, vient finalement de la peur d’être séparé de soi, née de la conscience égotique d'être un individu à part entière.


D’un point de vue spirituel, la séparation est une illusion. C'est-à-dire que l’on privilégie l’idée selon laquelle l’essence de vie, voire même l’esprit, est unique et traverse tous les corps de matière. Donc, fondamentalement, que nous ne sommes pas séparés au niveau de notre essence. Ce qui signifie que notre séparation vient de notre identification à notre corps et donc de la création de notre conscience individuelle. Mais au niveau de l’esprit, de l’âme ou de l’essence de vie, nous ne faisons qu’un. Comme si la vie n’était qu’un seul et même corps avec tout un assemblage de caractéristiques propres et uniques et qui fonctionnent dans un ensemble cohérent et mouvant - le chaos organisé. Le chaos résulte de l’inconscience. La vision parcellaire ne peut comprendre l’organisation naturelle des choses. L’organisation est le fruit de l’interdépendance des corps individualisés et des lois universelles. Ainsi, originellement, nous ne formons qu’un seul corps.


La séparation est natale, elle arrive entre l’enfant et la mère au moment où l’enfant naît, et se cristallise au moment où il réalise cette séparation, lorsqu’il en fait l’expérience consciente. Il y a plusieurs niveaux d’expériences. La séparation des corps intervient lorsque l’enfant commence à respirer seul, c’est son premier souffle de vie individuel. Mais il n’en fait l’expérience consciente que quelques mois plus tard. Et cette expérience sera reproductible en lui-même et avec les autres.

Alors il fait l’expérience de la dualité corps/esprit. Séparation des corps, unicité de l’esprit. Cette dualité qui naît, d’un point de vue spirituel, au moment de la création de la matière ; lorsque se créer la multiplicité des corps inconscients traversés par l’essence de vie. Ce qui nous fait souffrir, c’est cette dualité, du fait de notre inconscience, entre la continuité et l’unicité de cette essence de vie qui est à l’origine de notre reliance les uns aux autres, cette conscience universelle intuitive que nous portons et qui précède toute autre conscience, et notre perception individuelle qui est le fruit de cette conscience égotique, de cette identification à notre corps. C’est en cela que l’on dit au niveau spirituel que c’est une illusion, car la conscience égotique est une création postérieure à ce qui nous unit tous. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Cela signifie simplement que c’est une vision partielle de ce qui est. L’illusion est de croire en cette séparation, c'est à dire de limiter notre perception de la réalité à notre vision égotique. L'illusion tient alors en notre identification à ce corps individuel qui nous coupe du monde et nous sépare de nous même.

« La peur d’être séparé de l’autre ou d’être séparé du monde auquel on s’identifie et on s’attache (...) vient finalement de la peur d’être séparé de soi. »
« Originellement, nous ne formons qu’un seul corps »

Plus nous nous identifions à des espaces restreints et plus nous vivons l’expérience de la séparation. Non plus seulement avec les autres, mais en soi-même. L’expérience de la séparation est une expérience douloureuse, elle passe par l’expérience du corps.


La séparation et la peur de la séparation nous poussent à chercher la reconnaissance extérieure. Cette peur naît de notre expérience dès l’instant où nous naissons. C’est l’expérience de l’inconfort de la séparation qui créait l’émergence de la peur. Le problème de cette peur qui nous pousse à nous conditionner, pour éviter de revivre l’expérience de la séparation, c’est que si nous ne la dépassons pas, c’est de nous-même que nous nous coupons. On s’en rend bien souvent compte lorsqu’on amorce ce travail d’introspection profond, à quel point nos blessures et nos expériences traumatiques ou simplement déplaisantes, conditionnent nos comportements et nos rapports à l’autre. Ainsi par peur d’être séparé de soi, nous nous coupons de nous-même. C’est un paradoxe.

Prendre conscience de nos peurs et accueillir l’expérience de nos blessures, c’est se donner les moyens de ne pas laisser nos peurs inconscientes diriger notre vie au détriment de l’expérience d’être pleinement nous-même.


Nous cherchons à tout prix à éviter la séparation, en nous attachant ou parfois en fuyant - en fuyant l’autre, en fuyant nos émotions, en nous fuyons nous-même, par peur de souffrir. Apprendre à accueillir cette douleur de la séparation et à être en paix avec cette nature duelle qui est la nôtre, c’est se donner les moyens de dépasser sa peur originelle. Alors celle-ci ne peut plus nous dicter ce que nous devons faire ou être. Les personnes mystiques, qui font l’expérience de l'unité, de la reconnexion avec cette nature universelle, trouvent la paix qui se trouve dans l’union. Et si notre conscience égotique rejoint notre conscience universelle, nous pouvons faire l'expérience de l'unité, même dans le cadre de notre incarnation.


Nos identifications


Depuis notre naissance, nous nous identifions. À notre corps, à notre environnement, à notre éducation, à nos traits caractériels apparents. Nous nous approprions des valeurs et caractéristiques comme étant intrinsèques à qui nous sommes. L’identification naît de la distinction et de la désignation à partir desquelles nous communiquons. C’est ce qui désigne l’entité, l’objet, le soi, ce qui est distinct. Lorsqu’on se présente, on le fait sous un patronyme spécifique auquel on s’est identifié, on s’associe à un métier, à une classe sociale ou culturelle, à des hobbies…etc. Nous avons construit une vision de notre identité. Mais le vrai soi n’est pas restrictif. C’est un mélange entre tous nos bagages - d’où l’on vient, de ce que l’on porte, de ce que nous avons traversé depuis notre naissance - de ce que nous en avons fait - où nous en sommes à un instant T - et de ce que nous allons devenir. C’est aussi tous nos potentiels, y compris ceux que nous n’allons pas exploiter et dont nous n’avons pas idée. En fait nous n’avons conscience que d’une toute petite part de ce que nous sommes dans notre entièreté. Nous n’avons pas conscience de toute la configuration microscopique qui nous constitue, ni de l’étendue de notre esprit. Même en nous identifiant à notre individualité, nous ne voyons qu’un grain de ce que nous sommes, et c’est sans compter l’idée que nous ne formions qu’un avec la vie elle-même.


Reconnaître que notre vision est subjective et évolutive c’est se permettre de faire évoluer cette vision de soi et donc de grandir en conscience. Ne pas se figer dans des identifications restrictives nous permet de continuer notre croissance et découverte de l’étendue de qui nous sommes.


Des exemples d’identifications et catégorisations évolutives :

Un enfant est dit émotif, car il exprime ses émotions davantage que la moyenne. Un jour il s’identifie hypersensible. Finalement, il devient haut potentiel émotionnel, puis enfant indigo. Derrière ces qualificatifs sont présentés toute une norme de caractéristiques à travers lesquelles la personne va se reconnaître.

Sans remettre en question ces caractéristiques et les raisons qui nous encouragent à nous identifier à telle ou telle catégorisation, nous pouvons aussi toujours voir plus large et prendre ces définitions comme une vision qui nous rapprochent de la compréhension de soi et non comme des attributs qui nous définissent.


Plutôt que de nous identifier de manière restrictive à des projections relatives à notre compréhension de l’être, nous pouvons nous voir comme un être pluridimensionnel qui se découvre ; en reconnaissant que nous avons des zones de confort et des zones d’inconfort, et que celles-ci sont le fruit de notre héritage génétique, familial, culturel, environnemental et personnel, de nos aspirations et de nos choix.


Je suis un être multidimensionnel. Qu’est-ce que cela signifie ? Je reconnais déjà que j’ai des émotions, un mental, un instinct, je suis un être intuitif, sensible, créatif, je comprends plusieurs langages, je porte tout le bagage humain et terrestre que je connais et j’ai de nombreuses autres possibilités que je ne connais pas encore ; j’ai un potentiel non limité et je m’accorde à dire que je n’en perçois que certains espaces. Certains que j’ai plus investis en conscience, d’autres que j’ai moins investis en conscience. Je m’accorde à penser qu’il en existe d’autres dont je ne me doute pas, que je suis peut-être bien plus que ce que je ne pourrais l’imaginer, car ma conscience en l’état actuel ne voit que ce qu’elle est en mesure de voir.


Pour donner un exemple. Je ne dispose pas que d’une mémoire visuelle ou auditive ou kinesthésique. Ma mémoire investit tous mes sens et même mes émotions. Et nous avons tous une mémoire qui investit tout le corps, comme nous le vivons lors de notre expérience. Seulement certaines personnes vont avoir une conscience plus développée de certains espaces, et vont se connecter aux liens internes qu’elles ont créés à partir de ces espaces lorsqu’elles vont accéder à leurs souvenirs. Notre mémoire n’est pas scindée. Notre conscience, compréhension et traduction de ce qui nous traverse en revanche est partielle, incomplète. Il est possible que nous possédions même une mémoire absolue. Nous pouvons revivre une scène en souvenir comme si nous y étions. Au-delà de ça, il peut arriver à certaines personnes d’accéder à des mémoires - vérifiables - qui ne leur appartiennent pas en propre. Cependant rares sont ceux qui en expérimentent le chemin en conscience.


Lorsque je choisis de me voir comme un être pluridimensionnel, je m’ouvre à expérimenter d’autres espaces que ceux que j’ai déjà investis. Je ne reste pas enfermé dans des zones de confort, qui correspondent à ce que je connais déjà suffisant bien pour m’y sentir à l’aise. Ça me permet de prendre l’expérience comme un apprentissage, de ne plus voir la difficulté comme un frein, voire une impossibilité, mais comme un indicateur, qui m’aide à discerner quelles sont les espaces que j’ai traversés et ceux que je pourrais découvrir ; ainsi me permettre de mieux me comprendre et d’évoluer si je le souhaite. Plus je me comprends, mieux je peux trouver des clefs qui me permettent de transcender mes difficultés, plus je suis conscient. Voir l’obstacle et l’erreur comme des révélateurs devient un atout majeur pour se connaître.


Notre première frontière dans notre capacité à évoluer, c’est celle que nous créons en nous nous identifiant à tel ou tel espace que nous connaissons déjà. C’est ce que l’on va désigner comme étant nos croyances limitantes. Nos croyances sont naturelles et nous en avons tous. Il ne s’agit pas de les renier. C’est le résultat de notre expérience et de notre vision subjective et relative. Nous ne sommes pas omniscients et omniprésents, nous faisons selon le filtre de notre expérience. La difficulté ce n’est pas la croyance mais la certitude que la réalité est conforme à notre croyance - or notre vision n’est qu’un angle de vue de la réalité. Et nous pourrions même nous questionner sur ce que nous appelons réel - le sens de ce que nous considérons comme étant potentiellement irréel. Pouvons-nous imaginer seulement détenir la vérité ? Et si tout était réel ? Et si l’illusion tenait en le fait de croire qu’une part de l’existence est réelle et une autre irréelle ? La problématique n’est donc pas la croyance, mais la fermeture. Lorsque je suis dans l’ouverture et dans l’humilité de reconnaître que je ne sais pas, je peux m’ouvrir à plus grand que ce que je connais déjà et donc à de nouvelles expériences qui vont me permettre de grandir en conscience, dans ma connaissance de moi et de l’autre. Ce qui me permet de mieux me comprendre, me permet de mieux comprendre mon prochain, puisque je ne peux comprendre l’autre qu’à travers mon filtre subjectif. Je ne peux pas comprendre profondément ce que je n’expérimente pas, car je ne l’ai pas assimilé. Je ne peux que le mentaliser, mais ma vision mentale est une projection, non une connexion. C’est la rencontre de nos expériences similaires qui fait que l’on peut se comprendre. C’est aussi la raison pour laquelle ça matche avec certaines personnes et pas avec d’autres. Donc n’en voulons pas à l’autre de ne pas nous comprendre, parce qu’il n’a pas vécu la même expérience que nous.


Autres exemples relatifs à l’identification :


Je suis une personne timide. C’est dans mon caractère. Je m’identifie à cette timidité parce que du plus loin que je me souvienne, elle a toujours été là. Si je m’identifie à elle, si je pense que c’est qui je suis, je n’ai aucune raison objective d’essayer de la dépasser. Elle a trop de poids, c’est insurmontable de lutter contre sa nature. Si je considère que la timidité n’est pas un trait caractériel indissociable de qui je suis, mais une construction caractérielle, ou une reproduction qui peut être familiale, une mémoire, je peux envisager de la dépasser. Il est fréquent d’ailleurs que la timidité s’installe avec la peur d’être jugée, donc avec le déploiement d’une conscience prononcée du regard des autres sur soi et de l’importance qu’on lui accorde. Il existe un certain nombre de grands timides qui se trouvent un jour libres de monter sur scène sans trembler, d’être à l’aise en public, à partir du moment où ils ont décidé de se désidentifier de ce trait caractéristique, ou du moins de ne pas le laisser dominer l’expression de leur être.


Un autre exemple. Une personne ayant une grande conscience de son monde émotionnelle, qui s’est identifiée à une hypersensibilité et hyperémotivité et, est persuadée que ces caractéristiques sont la cause de ses réactions émotionnelles. Cette personne peut vivre sa conscience émotionnelle comme un poids. Elle ne sait pas que sa conscience émotionnelle est un atout majeur pour comprendre les autres et qu’elle peut apprendre à maîtriser son monde émotionnel, à partir du moment où elle se désidentifie de ce mode de fonctionnement. Car c’est alors qu’elle pourra expérimenter le détachement, qui ouvre les portes de la maîtrise - l’art d’accueillir sans investir. L'émotion est une intelligence formidable pour nous permettre de comprendre certaines situations et d'adapter nos comportements à partir du moment où elle ne nous domine pas, où nous la regardons avec hauteur.


Souvent considérée comme l’inverse du précédent, la personne qui a un mental très fort et dominant, et a du mal à investir ses émotions n’est pas une personne incapable d’empathie. Seulement dans sa construction elle n’a pas fait de son espace émotionnel une priorité. Que ce soit le fait de son bagage, de sa configuration d’individu à la naissance ou parce qu’elle s’est protégée. Ce n’est pas parce qu’elle n’y va pas qu’elle ne le porte pas en elle. De même, il peut s’agir d’une construction. Beaucoup d’enfants très sensibles ont appris à se réfugier dans leurs sphères mentales pour ne pas souffrir, parce qu’ils n’avaient pas les clefs pour gérer le flot de leurs émotions. Un traumatisme peut être à l’origine d’une déconnexion émotionnelle. Parfois on se réfugie dans la sphère intellectuelle pour se protéger. Mais en faisant cela, on se coupe également d’une partie de soi-même et un jour celle-ci peut se réveiller. L’idéal est peut-être d’apprendre à s’ouvrir à cet espace indispensable au lien social, avec douceur et accompagnement, tout en l'associant à cette sphère mentale qui peut nous aider à faire preuve de discernement.


« Voir l’obstacle et l’erreur comme des révélateurs devient un atout majeur pour se connaître ».


Notre petit soi, notre petite conscience du soi, notre conscience égotique, c’est peut-être celle qui croit qu’elle se connait, qui s’est identifiée et qui s’est limitée à ses identifications.

Notre grande conscience du Soi accessible, c’est peut-être celle ouverte à penser qu’elle est plus grande que ce qu’elle reconnaît déjà. Reconnait, parce que chaque rencontre et chaque découverte est une reconnaissance, et par là même une renaissance. Nous nous ouvrons à ce que nous sommes déjà, mais que nous ne voyons pas encore. C’est à la fois une nouveauté pour la conscience égotique qui expérimente, à la fois une reconnaissance pour cette conscience élargie que nous portons. Elles ne font que l’expérience de ce qui est déjà là. Et quelque chose au fond de nous, qui n’est pas séparé, sait cela.


Envisageons le corps émotionnel et le corps mental comme des espaces, propres à notre configuration humaine. Il en existe bien d'autres. Nous sommes tous constitués de ces différents espaces, mais nous ne les avons pas tous investis avec la même profondeur.


Les espaces, qu’est-ce que c’est ?


Les espaces sont des ensembles, des configurations, des dimensions, des lieux ou milieux plus ou moins délimités et ce qu’ils contiennent d’informations. Ils désignent à la fois une étendue et sa contenance, dans leur dimension abstraite et concrète, matérielle et subtile.


Les espaces ne sont pas qu’intérieurs, ils peuvent être extérieurs. Apprendre la danse, c’est explorer un espace. Apprendre les mathématiques c’est aussi explorer un espace. À la fois extérieur - nous allons chercher l’enseignement dehors - et intérieur puisque cela génère des circuits, que l’on intègre des savoirs et que cela configure notre façon de penser et de vivre.


L’espace c’est quoi, ce n'est pas seulement un concept métaphysique. C’est physique. Quand on observe le cerveau et l’investissement des zones cérébrales, il évolue en fonction de nos apprentissages.


Regardons l’imagerie cérébrale d’une personne qui joue au piano. Il est intéressant de voir toutes les zones qui s’activent dans ce processus. La personne qui joue du piano, gère en même temps : l’indépendance de ses deux mains, sur un plan rythmique, mélodique et gestuel ; sa pédale de sustain ; il investit son intelligence mentale avec la lecture du solfège ; son monde émotionnel avec son interprétation personnelle ; sa mémoire du geste, auditive, visuelle, sensorielle et émotionnelle ; il met son intention sur la nuance du toucher. Jouer du piano demande une grande concentration sur un ensemble d’éléments très variés. Ça nous apprends à développer notre focalisation et notre polyvalence dans un même temps. Et tout ça se matérialise par des connexions cérébrales accrues qui se construisent lors de cet apprentissage. Ces connexions peuvent être reproduites ensuite dans d’autres configurations. Le pianiste développe une ambidextrie et sait gérer plusieurs choses à la fois aisément en dehors de son activité musicale. Il développe ses capacités et s'en sert au quotidien sans y penser.


Notre cerveau n’a pas la même activité lorsqu’on aborde différents états de conscience. Nous créons des circuits, comme des chemins que nous pouvons réemprunter. Et cela ne s’arrête pas au cerveau. Des études scientifiques ont démontré que les intestins et le cœur possèdent leurs propres systèmes nerveux indépendants, et récemment que le cœur émettait plus d’informations neuronales à l’intention du cerveau qu’il n’en recevrait. Tout cela sans compter les diverses activités chimiques, biophysiques, énergétiques…etc qui nous animent. Donc en fonction de nos apprentissages, nous construisons une activité interne, corporelle, qui est évolutive.


On peut investir un espace dans son horizontalité et dans sa verticalité. À la fois de manière spécialisée et de manière élargie, c'est-à-dire liée à d’autres espaces. Ce qui va faire que nous sommes à la fois polyvalents et spécialistes dans nos explorations. Plus nous développons notre conscience des différents espaces accessibles, plus nous les associons, et plus notre conscience s’élargit et nous sommes en mesure de gérer ces différents espaces dans un même mouvement, avec davantage d’aisance. Notre conscience n’est pas limitée si nous acceptons de nous ouvrir à un potentiel plus large que celui que nous connaissons.


D’un souffle horizontal & vertical


Nous pouvons voir également notre souffle de manière horizontale et verticale. Faire monter notre inspiration du bas du ventre au sommet du crâne, en gonflant les parties basses et hautes de nos poumons dans une continuité fluide, nous permet de mettre l’accent sur le lien entre les différents espaces corporels. Nous concentrer sur un espace ciblé, comme celui du ventre, de la poitrine ou de la gorge, dans un souffle horizontal, n’agira pas de la même manière sur le corps. Dans un souffle horizontal, en gonflant amplement la partie basse de mes poumons, je vais travailler sur les tensions du ventre, l’ouverture du bassin, le bas du dos. En gonflant amplement la partie haute de mes poumons, je vais agir sur les tensions des épaules, l’ouverture de la poitrine…etc. Ce sur quoi je ne vais pas me concentrer dans un souffle vertical.


Il existe une façon d’appréhender le souffle de manière plus physiologique, avec une connaissance et approche corporelle pratique. Mais il existe aussi une manière de l’aborder dans sa dimension subtile, qui est davantage du ressort de l’esprit et nous permet de percevoir la continuité du souffle, son énergie, au-delà de notre dimension physique. C’est également quelque chose que nous percevons dans les sens et dans le corps, au fur et à mesure que nous développons notre conscience sensorielle au niveau subtile. Nos sens évoluent et un nouveau sens se dévoile, celui qui nous permet de percevoir l’onde, la vibration et de développer un magnétisme conscient. Il n'est pas moins important, concret et réel que les autres pour celui qui le développe. Avant de développer un tel sens, bien souvent, nous n'y croyons pas. Lorsque nous le développons, nous accédons à de nouveaux espaces, nous percevons des choses qui étaient autrefois imperceptibles, invisibles.



La retranscription de notre conditionnement s’inscrit dans notre corps physique - exemple avec le chant.


Je parlais d’interdépendance entre soi et les autres. Il y a également une interdépendance entre le corps et l’esprit. Notre corps est configuré en adéquation avec notre investissement de l’esprit dans différents espaces à la fois internes et externes. Tout l’intérêt de travailler sur le corps, c’est qu’il nous permet de mieux nous comprendre et d’agir sur notre configuration à différents niveaux.


Notre conditionnement s’inscrit dans notre corps physique autant que sur le plan psychique. Et lorsqu’on déconstruit des habitudes, des schémas, des limitations d’ordre psychique, cela va avoir un impact sur notre corps. Lorsqu’on agit sur le corps, celui-ci nous révèle notre état psychique et nos conditionnements. Il n’est pas rare, lorsqu’on travaille avec le souffle, le chant, le mouvement, dans une intention de lâcher-prise et de déconstruction, que des souvenirs remontent à la surface, des prises de conscience, ou des émotions inattendues. Instantanément à l’issue d’une libération, un espace, autrefois muet, invisible à notre conscience, devient accessible. Le corps est un ensemble cohérent et relié qui reflète l’écho de notre psyché.


Les conditionnements sont très facilement perceptibles dans le cadre de la pratique vocale, au niveau de la gestion corporelle, des parties du corps que l’on parvient à faire vibrer, du grain des fréquences émises, de l’intériorité ou de l’extériorité de notre chant…etc. Notre corps est une très belle caisse de résonance et nous pouvons faire voyager notre voix, en faisant vibrer tous les espaces du corps, des pieds à la tête, que ce soit de manière scindée et spécifique, ou de manière liée et globale. Il n’y a pas simplement une voix de tête et une voix de poitrine, et nous pourrions d’ailleurs dire que nous avons beaucoup de voix de tête et de voix de poitrine possibles. Tout dépend des espaces avec lesquels nous choisissons d’entrer en résonance. On peut investir l’espace du bassin et le faire vibrer, la poitrine, le dos, le cou, le sommet du crâne, le crâne en entier, ou des chemins très spécifiques et ciblés de ces parties du corps ; il y a de nombreuses manières de faire vibrer l’espace de la poitrine et du cœur, en le liant ou non au plexus, du crâne en orientant le chant sur les parties latérales ou son sommet, par exemple... On peut ancrer une voix de tête et la faire vibrer autant dans les hauteurs qu’avec le bassin et alors le grain et la puissance seront tout à fait différents que si nous nous concentrons simplement sur le haut du corps. De même on peut jouer à faire vibrer la partie droite du corps, puis la partie gauche, et cela dépendra de nos postures internes. C'est-à-dire que les vibrations ne vont pas se déployer aux mêmes endroits et tout est question d’intention et de posture. Nous négligeons souvent la force de notre esprit. C'est lui l'initiateur du mouvement. Selon les parties du corps que l’on fait vibrer, le timbre de voix, la couleur de la fréquence, seront différents. Un chanteur qui connait l’art de l’imitation a exploré différents espaces vocaux et reconnaît qu’il existe différents chemins et positionnements. Il comprend l’art du formatage au niveau vocal. La différence c’est que lui en a conscience et en a la maîtrise.

Lorsqu’on parvient à faire raisonner plusieurs espaces corporels en un même temps, cela peut donner l’impression d’entendre plusieurs voix en une. Et lorsqu’on a une belle ouverture et que l’on sait associer les différents espaces corporels au service de son chant, que l’on se connait dans sa globalité, on se révèle dans sa puissance sans faire le moindre effort. Pour faire l’expérience de son plein potentiel vocal, il faut voir son corps comme un ensemble cohérent et voyager dans les espaces de manière liée et non scindée. Cela demande une réelle compréhension et maîtrise corporelle, et donc un lâcher-prise, qui n’existe qu’à partir du moment où nous nous acceptons pleinement.

Dans un chant subtil, où nous reconnaissons la puissance de l’intention de l’esprit, nous pouvons entrer en résonance avec les espaces d’une manière plus subtile. C’est une mise en relation énergétique, vibratoire, qui se fait simplement par une reconnexion. Le chant est encore plus puissant, sans aucune contraction ni action intentionnelle du corps. Nous entrons dans la dimension sacrée du chant.


Nous avons tous une palette d’expressions vocales très riche et nuancée, que majoritairement nous connaissons très peu. Pour avoir accès à cette qualité vocale et à cette amplitude, il faut que plusieurs critères soient réunis : que le corps soit souple et détendu, pour faciliter la circulation des ondes à travers la chaire ; Que les espaces corporels soient ouverts, ce qui dépend également de notre ouverture psychique ; qu’il y ait donc une décomplexion psychologique certaine ; que l’on accompagne le mouvement du chant avec l’intention de l’esprit dans l’exploration du corps et des sens. Il faut donc en amont une curiosité à se découvrir, à investir les espaces que nous ne connaissons pas encore, à nous laisser glisser dans nos zones d’inconfort, avec une tolérance et bienveillance à l’écoute des nouveaux sons qui pourraient nous apparaître.


Lorsqu’on vit une expérience de transe, on explore des états dits modifiés de conscience ; on peut vivre une expérience qui nous fait toucher des espaces très profonds, ouverts et puissants. On peut réaliser de réelles performances. Et ces espaces sont possibles sans avoir réalisé de déconstruction préalable, parce que dans ces états de conscience, nous ne sommes plus observateurs de ce que nous faisons. Nous sommes simplement investis complètement en conscience dans l’espace que nous touchons, entièrement dévoués à l’expérience. Nos barrières morales, et nos conditionnements n’ont aucun impact sur l’expérience car nous ne portons pas de regard sur ce que nous faisons. Le juge intérieur s’efface dans l’expérience de transe. Et nos croyances n’ont plus d’existence propre à l’instant où nous vivons pleinement. Cela révèle bien l’existence de ces espaces et de nos facultés à les investir. Mais nous pouvons le faire également en dehors de la transe, en apprenant à conscientiser nos barrières et à les déconstruire. Alors nous nous ouvrons à la maîtrise. En quelque sorte, nous initions notre conscience mentale à s'associer à d'autres espaces de conscience. Ce qui n'est pas le cas en transe, où la conscience quitte la sphère mentale, et où celle-ci se retrouve quelque part, dépossédée de toute forme de contrôle.


Déconstruire nos limitations, c’est retrouver l’accès à cette richesse intérieure et notre liberté d’être pleinement.


Nous ne réalisons à quel point nous sommes contrôlants et avons d’aprioris sur nos corps et capacités que lorsque nous touchons nos limites et les expérimentons. Le chanteur qui n’est pas authentique et n’en a pas conscience, croit connaître sa voix. Lorsqu’on met l’accent sur tous les mécanismes physiques contrôlants qu’il a mis en place et qu’il parvient enfin à les déconstruire, il découvre sa voix. Il découvre une rondeur et une subtilité qu’il ne connaissait pas. Il peut même réaliser à quel point il est facile de chanter dans son authenticité une fois qu’on en trouve l’accès, et à quel point chanter de manière contrôlante lui demandait des efforts, de la ressource et de l’énergie.

Une fois que la déconstruction est faite, chanter de manière authentique est d’une fluidité naturelle, car c’est notre nature. C’est notre nature que nous retrouvons et non une construction. C’est également naturellement plus juste, puissant et souple à la fois. Mais cela demande un niveau de lâcher-prise qu’il est rare d’atteindre pour la majorité d’entre nous. Car nous avons appris depuis l’enfance à gérer notre vie, nous-mêmes et les autres dans le contrôle. Le contrôle nous fatigue. Il nous demande de la ressource. Nombre de mes élèves ne se rendaient pas comptes de la contraction permanente de leur mâchoire. Lorsque je leur disais qu’il leur était possible de la relâcher et de l’ouvrir davantage, ils ne me croyaient pas, jusqu’à ce qu’ils en fassent l’expérience. Alors ils découvraient, non seulement un relâchement qui leur apportait du soulagement et procurait un réel sentiment de liberté, mais aussi un timbre de voix qu’ils ne connaissaient pas et des sensations nouvelles. Pour certains, cette configuration était tellement ancienne qu'ils pensaient que c'était leur configuration naturelle et qu'ils ne pouvaient faire autrement. À cet instant, où la déconstruction se fait, ils réalisent que leur conditionnement n’est pas leur configuration naturelle, ce qu’ils croyaient pourtant jusqu’alors. C’est le principe de l'identification à ce que l’on connait déjà. Nous oublions ce dont nous n'avons pas conscience.


Lorsque la déconstruction se met en place, après une période de transition où nous apprenons à nous regarder, à nous entendre différemment, à nous ouvrir à nous-même, la connaissance de soi s’approfondit et nous entrons dans la maîtrise. La maîtrise se fait dans le lâcher-prise.

Au niveau vocal, c’est un mélange entre lâcher-prise, détente, ouverture corporelle et psychique et redistribution d’énergie qui va se jouer sur nos points d’appui, partir de notre encrage et dépendre de notre alignement. Les points d’appui ne sont pas dans la tension, ils sont une impulsion. Et le chant est un mouvement, comme le souffle. Les points d’appui ne se limitent pas au ventre comme on l’entend parfois, nous pouvons les trouver dans n’importe quelle partie du corps.


Le juge intérieur est très présent dans la pratique vocale. Nous portons des jugements sur ce qui est beau et ce qui ne l’est pas, ce qui est juste et ce qui est faux, qui sont, pour partie certaine, le fruit de notre héritage culturel. En occident notre oreille musicale et notre écoute est configurée relativement à un certain nombre de gammes occidentales et parfois orientales que nous connaissons. Mais les gammes sont une construction. Dans la nature, la réalité du son, c'est qu'il n'y a pas de scission des notes telles que nous les avons créées et sélectionnées. Nos références musicales sont une sélection, limitée de la réalité du potentiel sonore. Ainsi nous pouvons relativiser grandement ce que nous considérons comme étant faux et juste en reconnaissant que la diversité de ce qui existe est bien plus vaste que ce que nous en avons fait. Nous pouvons nous en rendre compte en découvrant les chants de cultures éloignés de la nôtre, dont les normes sont bien différentes.

À partir de là, de ces constructions, nous avons créé des exigences sur les sons que nous devons émettre et des jugements sévères à l’égard de ce que nous entendons, particulièrement à l’égard de nous-mêmes. Nous projetons nos idéaux. Et lorsque nous tentons de les atteindre, nous nous conditionnons physiquement à placer notre voix dans une configuration que nous pensons être la bonne, alors que nous n’avons pas la maîtrise vocale et corporelle pour nous permettre de la trouver. Nous ne sommes ni dans notre authenticité ni réellement dans la reproduction, mais dans une imitation qui n’est pas conforme à la réalité, et qui est conforme à notre perception subjective et inexpérimentée de la réalité. Comme l’enfant qui créait son juge intérieur. Pour pouvoir imiter vraiment, c’est-à-dire reproduire ce que nous percevons d’une pratique extérieure, il faut déjà faire l’expérience de l’espace similaire et donc l’explorer et le trouver en soi. La plupart des gens n’aiment pas leur voix ou l’apprécient de manière conditionnelle en raison de ce formatage. Mais alors ils se coupent d’une partie potentielle d’eux-mêmes. S’ouvrir à toute sa disposition expressive, c’est jouir d’une réelle liberté intérieure. C’est une richesse pour les sens, particulièrement réjouissante.


Tout cet exemple sur la pratique vocal peut être ouvert à une vision plus large de notre configuration d'être. C'est simplement une des manifestations perceptibles de notre fonctionnement global. L'important est de comprendre le champs de nos a priori, de nos conditionnements limitants et de nos potentiels ; et du lien entre notre esprit et notre corps.


Il convient donc de réapprendre à s’aimer sans conditions. La déconstruction, qui permet de retrouver la voie de son authenticité, tiens donc en cela. Je ne m’enferme pas dans les limites étouffantes de mes croyances. Je reconnais que je ne sais que ce que j’ai déjà expérimenté et m’ouvre à l’inconnu, à la nouveauté. Je prends ma place sans me soucier du jugement des autres et de mon propre juge intérieur. Je m’ouvre à la découverte sans a priori. Cesser de juger sa voix, s’ouvrir aux différents chemins qui mènent à de nouveaux grains, c’est gagner en expérience et en maîtrise. On grandit dans son art autant qu’on grandit en se découvrant soi-même.

C’est la même chose dans tous les faits de la vie. Cesser de juger les chemins qui mènent à différents résultats, c’est s’ouvrir à les explorer et gagner en expérience et en maîtrise. C’est grandir en conscience.



Différence entre contrôle et maîtrise


Le contrôle n’est pas la maîtrise. Le contrôle vise à restreindre le champ de l’expérience à la réalisation d’un objectif. Notre attention est fixée sur un idéal et les moyens à mettre en œuvre pour l'atteindre, sélectionnés dans ce but. Alors, tout ce qui n’entre pas en adéquation avec cet objectif devient potentiellement un frein, voire un poids, et sera, dans la mesure du possible écarté de l’expérience.

La maîtrise reconnaît l’expérience dans sa globalité. Le chemin fait partie de l’objectif. Elle fait preuve d’adaptabilité et de créativité et ne rejette aucun élément de l’expérience, même lorsqu’il s’apparente à un obstacle, mais l'inclut comme partie intégrante de son apprentissage.


Dans le premier cas, on finit par vivre pour atteindre un objectif défini, le reste passe en second plan. Dans le second, on vit l’expérience dans sa globalité comme un apprentissage. Le chemin est plus important que la finalité. Un maître, reconnaît qu’il est apprenti, il garde la curiosité naturelle de l’enfant et se souvient qu’il ne sait pas. Alors il se donne la possibilité d’explorer et d’accéder à la maîtrise dans l’ouverture. Dans cette configuration d’esprit, dont le but n’est pas tant l’objectif que l’expérience globale, les imprévus et embûches ne sont pas vécus comme un problème. Elles sont un enseignement dont on peut tirer le meilleur parti et se nourrir personnellement.


Dans le contrôle, nous vivons la pression de la réussite, puisque nous vivons dans le but d’atteindre un résultat, qui n’existe pas dans l’apprentissage du maître, puisqu’il vit pour l’expérience. Si un imprévu intervient et que l’objectif n’est pas réalisable, celui qui a la vision du maître, aura beaucoup plus d’aisance à se relever et à s’adapter, comme l’enfant se relève de sa chute. Lorsqu’on a tout misé sur des objectifs qui n’aboutissent pas, nous le vivons comme un échec et nous perdons nos repères, car focalisés sur nos projections - ou parfois sur nos acquis - nous n’avons pas regardé l’ensemble des potentiels alentours à disposition, nous les ignorons. Nous sommes dans l'ignorance de l'existence des portes ouvertes environnantes que nous n'avons pas regardées.


Être dans le contrôle ou dans l’apprentissage du maître, c’est une philosophie, c’est un état d’esprit, qui fait toute la différence dans notre évolution personnelle et sur notre qualité de vie, également dans nos rapports aux autres.


Prenons un exemple. Une personne a de la route pour se rendre à un rendez-vous. Si elle est focalisée sur son objectif d’arrivée et si elle ne lâche pas prise sur sa destination, elle va potentiellement être dans ses projections mentales. Éventuellement, elle va anticiper tout un tas d’éléments qui échappent à son contrôle puisqu’elle n’y est pas encore et qu’elle n’a pas connaissance de ce qui sera (va-t-elle trouver une place de parking ? les personnes seront-elles ponctuelles ? Comment va-t-elle convaincre…). Elle ne va pas apprécier le temps de la route ; elle ne va pas observer le paysage, s’enrichir émotionnellement, intellectuellement de ce qui pourrait se présenter à elle d’appréciable. Mais en plus, chaque élément qui va ralentir son trajet sera vécue comme un frein. Elle va conduire dans la tension, avec la pression d’arriver à l’heure et dans de bonnes conditions dont elle se prive. Peut-être même qu’elle va en arriver à perdre sa cordialité. En étant focalisé sur son objectif, on en oublie sa santé, son bien-être et le lien social qui ne sont pas moins importants et dont il dépend la bonne réalisation de nos objectifs.

Une autre personne faisant le même trajet, lâche prise sur son objectif d’arrivée. Sa conduite sera plus souple et elle saura s’adapter aux imprévus avec le minimum de tensions, elle ne va pas perdre de vue l’essentiel qui se trouve dans l’instant présent. Les deux vont au même endroit, les deux objectifs seront normalement atteints. Mais l’expérience sera différente. L’une s’enferme dans la tension, l’autre s’ouvre à l’expansion.


Le lâcher-prise, ce n’est pas juste une posture, c’est un état d’être.

Il est intéressant de regarder comment nous conduisons. Notre façon de conduire révèle souvent en partie notre conduite dans la vie et également dans nos rapports aux autres. Conduisons-nous dans la tension et l’agacement ? Conduisons-nous de manière ancrée et consciente ? Et comment conduisons-nous nos rapports à la vie et aux autres ?

D’autres questions que nous pourrions nous poser : pour quoi vivons-nous ? Qu’est-ce que réussir ? En quoi est-ce important ? Qu’est-ce qui est le plus important ?


Le lâcher-prise, ce n’est pas juste une posture, c’est un état d’être. Un état d’être qui se fait dans la foi, c'est-à-dire la confiance en le fait que les choses se dérouleront au plus juste. Lâcher-prise ne veut pas dire ne pas être attentif et oublier sa destination. Nous pouvons tout à fait fixer des objectifs tout en expérimentant cet état d’être. Nous pouvons lâcher-prise sur nos objectifs tout en étant pleinement conscient d’eux et des moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. Nous allons alors rester pleinement centrés et investis sur notre trajet et ce qui s’y passe dans l’instant présent.


Nous pouvons décider de vivre pleinement notre vie. De voir les objectifs comme des moteurs pour évoluer et non des finalités en soi, et le chemin comme notre vraie réalisation, notre réalisation d’être. Alors l’accomplissement de l’objectif peut être la cerise sur le gâteau, plutôt que le Graal. Le Graal, cette coupe dont la ressource est infinie et précieuse pour celui qui la détient, serait alors la réalisation du Soi. Chaque défi, chaque challenge, peut être vécu comme une leçon de sagesse et un enseignement, dans le rapport à l’autre, à soi, à la vie.


Nous pouvons choisir de relativiser nos exigences. De les observer, d’en prendre conscience. Pourquoi sont-elles là ? D’où viennent-elles ? Revenir à la base. Que disent-elles de mes envies, de mes constructions, de mes racines et de mes aspirations ? Nous ramener à cette interrogation simple : pour quoi je fais les choses ? Et pour quoi je choisis de vivre ?



Réapprendre à aimer vraiment


Parmi les personnes que j’ai été amenée à accompagner, certaines ne s’aimaient pas et ne s’acceptaient pas telles qu’elles sont, malgré leurs efforts et la mise en place de pratiques pour changer leur manière de se regarder, pour être positives, pour apprendre à reconnaître leurs qualités et prendre en compte les retours extérieurs positifs dont elles bénéficiaient, tout en apprenant à lâcher leurs exigences de perfections. Malgré tout leur travail personnel à changer leur regard au quotidien, revenait ce sentiment de rejet à l’égard de soi. Pourquoi ? Parce qu’il était plus profondément ancré.


L’enfant se construit parfois avec la croyance inconsciente qu’on ne peut l’aimer tel qu’il est vraiment. Alors il peut nourrir une réelle aversion envers lui-même, particulièrement s’il est confronté à de la critique ou un jugement sévère à son égard. Ou encore s’il constate sa différence et se sent marginal, non conforme. Un sentiment d’illégitimité peut naître de son expérience. Cet enfant peut alors tout faire pour s’intégrer et masquer ce qu’il va considérer être des failles ou alors entrer en rébellion contre un système, tout en rejetant des parts évidentes de lui-même - à la fois une partie de son héritage qu’il jugera responsable de son mal-être parce qu’il se sera senti brimé, à la fois les parties de lui qui n’ont pas été reconnues par son entourage et environnement.


Apprendre à s’aimer lorsqu’on est confronté à ce rejet, c’est un vrai travail de fond, et non de surface. La pensée positive ne suffit pas toujours à compenser un tel mal-être. Conscientiser l’origine de notre rejet à l’égard de nous-même, se donner les moyens d’accepter son originalité, se pardonner nos différences et imperfections, pardonner à la société et à notre entourage de ne pas avoir toujours su accueillir ces différences ou de ne pas avoir été plus tolérant et bienveillant, à l’écoute, c’est se donner la possibilité de se réconcilier avec toutes les parts de soi et de son histoire. Il faut reconnaître l’origine de son rejet, accepter son existence et les raisons qui nous ont poussées à le nourrir, pour choisir ensuite de l’abandonner. Car notre vision n’est plus la même, nous avons évolué. Il est essentiel de le savoir : nous pouvons changer. Et nous pouvons changer en profondeur. Nous ne sommes pas condamnés à vivre dans le rejet de soi, de l’autre, dans le regret ou la douleur. Mais il faut avoir envie de tourner une page, de quitter un état d’être. Cela ne dépend que de soi.


L’adulte est en mesure de voir, avec l’expérience, que ses défauts font aussi ses qualités. Une personne qui était peut-être très dynamique et expressive enfant, qui ne savait pas tenir en place et à qui on a reproché ce manque de discipline, peut s’avérer être un vrai moteur pour les autres dans le cadre d’une activité professionnelle. Une personne qui enfant ne parvenait pas à rester concentrée sur une tâche précise, peut s’avérer être profondément créative et souple dans sa configuration d’esprit et amener une vision élargie du monde, complémentaire.


Apprendre à s’aimer, c’est se regarder dans un miroir et reconnaître déjà ses qualités : qu’est-ce que je reconnais de positif en moi, pour moi et pour les autres. Puis, quelles sont les qualités de mes défauts ? Ensuite, c'est apprendre à se réconcilier avec la part sombre de ses défauts, ses failles, ses manquements. Reconnaître ce que l’on apprécie moins, le regarder vraiment, avec de la hauteur comme un parent bienveillant face à un enfant qui apprend. C’est ainsi que nous pouvons nous donner la possibilité de les faire évoluer ou de vivre en accord avec.


Apprendre à aimer son corps, apprendre à aimer ses maladresses, ses erreurs, ses failles, ses marques de faiblesse, ces lacunes, apprendre à en rire avec légèreté, autant qu’à aimer ses qualités apparentes c’est possible, en changeant son regard. Tout comme s’émanciper de la croyance inconsciente qu’on ne peut pas nous aimer tel que l’on est vraiment. Nous pouvons être aimés tels que nous sommes vraiment, mais encore faut-il apprendre à s’aimer sans conditions.


Nous pouvons sortir de la culpabilité, nous n’avons pas à être parfaits. Personne ne peut l’être. Nous sommes tous en apprentissage de la vie. Nous faisons tous des erreurs et ce sont nos erreurs qui nous enseignent, à partir du moment où nous acceptons de les regarder et de les voir comme un tremplin plutôt que comme un fossé.


Lorsque nous avons fait ce travail de réconciliation avec nous-même, appris à nous aimer dans nos imperfections et talents, nous comprenant mieux, il est beaucoup plus facile de faire preuve de tolérance et de bienveillance à l’égard des autres, car nous comprenons le chemin de l’apprentissage, et que nous y sommes tous soumis. Nous sommes tous différents et imparfaits. Nous ne pouvons répondre aux mêmes critères d’exigences. Ce qui est facile pour soi n’est pas obligatoirement facile pour tout le monde, car nous n’avons pas la même configuration et la même histoire. C’est pour ça qu’il est important de reconnaître nos aisances autant que nos failles. Pour ne pas faire peser sur les autres les responsabilités qu’ils ne peuvent prendre, ni attendre d’eux qu’ils nous comprennent ; pour rester humble et accueillir ce que l’autre pourrait nous apprendre, quel que soit son statut ou son milieu social, reconnaissant que son expérience et sa vision lui sont propres et qu’elles peuvent nous apporter des clefs intéressantes que nous n’aurions pas envisagées nous-même, même dans nos champs de compétences ; ainsi que pour mieux accompagner les personnes de notre entourage, en leur apportant notre vision et nos savoir-faire avec humilité, de manière suggérée et non imposée, que ce soit dans un cadre professionnel ou en dehors. Toute vision est potentiellement complémentaire.


« Nous pouvons sortir de la culpabilité, nous n’avons pas à être parfaits. Personne ne peut l’être. »
« Nous faisons tous des erreurs et ce sont nos erreurs qui nous enseignent, à partir du moment où nous acceptons de de les voir comme un tremplin plutôt que comme un fossé. »


Lorsque nous ne sommes plus en lutte contre nous-même, que nous avons accepté l’idée que nous sommes imparfaits et que nous sommes en accord avec cette imperfection, nous pouvons commencer à accepter réellement les autres tels qu’ils sont et devenir plus tolérants à l’égard de la différence. En faire une complémentarité et non une rivalité. L’autre n’est pas un ennemi potentiel, mais il a le potentiel de nous montrer, que ce soit volontaire ou non, ce que nous pouvons améliorer dans notre vision. Il peut être un révélateur.


Accepter la différence, c’est accepter l’idée que l’autre a traversé d’autres espaces que les nôtres, et que nos espaces peuvent s’associer. Nous n’avons pas l’obligation d’y aller, mais nous pouvons au moins le respecter.



Finalement,


Déconstruire c’est enlever les ficelles des croyances qui nous empêchent d’être libres. Être libre c’est en soi-même, c’est être authentique. Ce n’est pas faire ce que l’on veut quand on veut. Lorsqu’on est libre d’être soi, on comprend l’importance du lien et de l’interconnexion, on ne fait rien qui puisse nuire à autrui car on est conscient qu’autrui et soi sont interdépendants. Regarder en soi, c’est se donner la possibilité de guérir ces blessures qui nous entravent dans ce chemin vers l’authenticité.


Aimer. La voie du milieu, c’est la voix du cœur. La voie de l’équilibre, ce n’est pas de chercher à doser. Lorsque vous trouvez la voie du cœur, il n’y a plus d’effort à faire. L’équilibre se créait naturellement.


Pour conclure, j’ai envie de dire, que la différence entre l’enfant et l’adulte, n’existe pas vraiment. Sauf si nous choisissons qu’il en existe une. C'est-à-dire que l’adulte c’est la continuité de l’enfant. Il continue sa croissance. Il continue sa croissance de conscience, car il continue de faire des expériences, à partir du moment où il reste dans l’ouverture de la découverte. Et il peut vivre une réelle joie et un accomplissement certain s’il garde ce regard ouvert sur lui-même et sur le monde.


Camille Jourdain








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jazzandlatin
jazzandlatin
Nov 28, 2022

Merci Camille de toutes ces richesses que tu partages 😍! Me vient une question : 'Quel serait le chemin, la méthode, pour aller améliorer la prise de conscience qu'une déconstruction doit intervenir pour plus d'ouverture, d'écoute, d'attention ? Et comment y avancer ?

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laroselelys
Dec 02, 2022
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Merci de m'avoir lu, merci pour ton retour et pour ta sollicitation. C'est une vaste question et je crains que la réponse soit aussi vaste. Chaque chemin est unique. D'abord choisir de regarder honnêtement son parcours est la première étape. Notre posture, notre intention fait déjà la différence dans nos perceptions. Si nous pensons savoir, nous restons figés dans nos convictions. Si nous regardons notre chemin avec humilité, nous nous permettons la découverte et la déconstruction. Voir la vie et chaque situation, chaque individu, comme un enseignant aide. Il y a plusieurs méthodes, et je vais progressivement en rendre disponibles selon ma vision, sur ma chaîne youtube déjà, puis sans doute parfois sous forme d'articles. Dans l'introspection, tu peux poser…

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